Télétravail, workation et voyageurs d'affaires : une demande qui change la saisonnalité
Le télétravail s'est installé en France à un niveau stable, et une partie des salariés travaille désormais depuis son lieu de vacances. Cette demande existe, mais aucune donnée publique fiable ne mesure aujourd'hui son poids dans la location courte durée française. Pour un propriétaire, l'enjeu est concret : des nuits en semaine et hors vacances scolaires peuvent trouver preneur, à condition de savoir les proposer au bon prix.
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Le télétravail est-il encore répandu en France ?
Oui, à un niveau plus modéré qu'en 2021. Selon l'Insee, 9 % des salariés de 20 à 62 ans en France métropolitaine télétravaillaient, même occasionnellement, en 2019. Ils étaient 31 % en 2021, puis 26 % en 2023, soit environ un quart des salariés au moins quelques demi-journées par mois (Insee Références, « Pratique du télétravail », octobre 2025).
La pratique est très inégale. En 2023, 65 % des cadres télétravaillaient, contre 11 % des employés et environ 1 % des ouvriers (même source). Le même document indique que 5 % des salariés télétravaillent un jour par semaine, 8 % deux jours et 5 % trois jours ou plus (Insee, 2023, fiche détaillée).
Pour une comparaison européenne, Eurostat compte les personnes qui travaillent habituellement à domicile, c'est-à-dire au moins la moitié de leurs jours travaillés. En 2025, la France en compte 11 %, pour 8,8 % en moyenne dans l'Union européenne (Eurostat, 2025, relayé par Euronews, juin 2026). Cette définition est plus stricte que celle de l'Insee : les deux chiffres ne se comparent pas directement.
Qu'est-ce que la workation, et combien de Français la pratiquent ?
La workation consiste à prolonger ou à passer un séjour hors de chez soi en continuant à travailler à distance. Elle est possible parce que le télétravail est installé, mais elle reste une pratique minoritaire et mal mesurée.
Les enquêtes disponibles sont des sondages, pas des statistiques officielles :
- Booking.com et CSA (1 108 salariés français interrogés en mars et avril 2025) : 29 % disent télétravailler parfois depuis leur lieu de vacances, et 47 % chez les moins de 35 ans (Booking.com / CSA, avril 2025).
- Dans la même étude, 65 % des salariés prévoient de poser des congés autour des ponts et jours fériés en 2025 (71 % chez les moins de 35 ans).
- IWG, 2 000 employés de bureau interrogés en 2023 : 31 % prévoyaient de prolonger leurs vacances en travaillant à distance cet été-là (Presse-citron, juillet 2023, citant IWG).
Ces déclarations portent sur des intentions ou des pratiques occasionnelles. Elles ne disent pas combien de nuits sont réservées en location courte durée. Pour 2025 et le premier semestre 2026, nous n'avons trouvé aucune donnée publique fiable sur la part des séjours de travail à distance dans les réservations françaises.
Et les voyageurs d'affaires qui prolongent leur déplacement ?
Ce phénomène porte le nom de « bleisure » : un déplacement professionnel prolongé de quelques jours de loisir. Les données solides viennent surtout d'Allemagne. Le Bleisure & Workation Monitor de l'IU International University (plus de 1 000 voyageurs d'affaires interrogés, étude publiée en juin 2026) donne trois repères :
- 44 % des voyageurs d'affaires prolongent leur déplacement pour des activités privées ;
- environ un sur cinq a déjà utilisé une offre de workation, avec un séjour moyen d'environ six jours pour les expérimentés ;
- près de la moitié de ceux qui mêlent travail et loisirs ajoutent en moyenne deux nuits.
(IU International University, juin 2026). Ces résultats concernent l'Allemagne et ne se transposent pas tels quels à la France.
Le même communiqué note que près de 80 % des hébergeurs allemands interrogés n'ont pas d'offre dédiée à ces voyageurs. Côté international, Navan cite le GBTA : 68 % des voyageurs professionnels (« corporate travelers ») prolongeraient au moins un déplacement par an, de 2,3 nuits en moyenne (Navan, 2026, citant GBTA Business Travel Index Outlook 2025). C'est un chiffre de seconde main, dont l'échantillon n'est pas précisé : à prendre comme un ordre d'idée.
Comment cette demande modifie-t-elle la saisonnalité ?
Prudence : nous ne disposons pas de mesure publique de l'effet du télétravail sur les calendriers de réservation français. Ce qui suit est un raisonnement, pas un constat chiffré.
- Les semaines creuses deviennent moins vides. Un salarié qui travaille à distance n'a pas besoin d'attendre les vacances scolaires. Les ponts, déjà très utilisés selon l'enquête Booking.com / CSA, peuvent s'étendre en séjours de quelques jours.
- Les durées s'allongent. Un séjour de travail dure souvent plus qu'un week-end. Les séjours de 28 nuits ou plus ont pesé 24 % des nuits réservées sur Airbnb au premier trimestre 2021, contre 14 % en 2019 (Airbnb, cité par TTG, 2021). Ce chiffre est ancien et mesuré en pleine crise sanitaire : il ne décrit pas 2026.
- Les attentes changent. Un voyageur qui travaille cherche une connexion fiable et un espace pour poser un ordinateur. Cela rejoint ce que l'on observe dans les attentes des voyageurs en 2026.
Quel cadre juridique pour le télétravail ?
Le télétravail est défini à l'article L1222-9 du Code du travail, modifié en dernier lieu le 21 juillet 2023 : une organisation du travail où une tâche faisable dans les locaux de l'employeur est réalisée ailleurs, volontairement, avec les technologies de l'information. Il est mis en place par accord collectif ou, à défaut, par une charte de l'employeur après avis du CSE (texte de l'article L1222-9).
Ce texte organise la relation entre un salarié et son employeur. Il ne dit rien du statut du logement loué. Les règles applicables à votre location (déclaration, durée, fiscalité) sont inchangées et font l'objet d'autres articles.
Que changer à votre gestion des prix et de l'annonce ?
Quelques pistes, à adapter à votre bien :
- Regardez vos nuits creuses de semaine. Si elles restent vides hors vacances, un séjour de plusieurs nuits peut les remplir. Un tarif fixe toute l'année ne distingue pas ces cas.
- Vérifiez vos séjours minimum. Un minimum trop court peut laisser des trous ; un minimum trop long écarte les séjours de quelques nuits. Voir l'article sur les séjours courts ou longs.
- Décrivez ce qui sert au travail : débit réel de la connexion, bureau ou table dégagée, chaise adaptée. N'indiquez que ce qui existe.
- Gardez un œil sur le calendrier des ponts et des vacances, qui restent les moments de plus forte demande (vacances, week-ends, événements).
Comment loman s'inscrit dans ce contexte
loman calcule le prix de chaque nuit de votre logement et vous montre son calcul. Si vos semaines creuses évoluent, vous voyez ce qui justifie chaque prix proposé, et vous décidez de le retenir ou non.
Cet article est une information générale, pas un conseil juridique ou fiscal personnalisé.
Sources
- Insee Références, « Pratique du télétravail » (octobre 2025) et fiche NUM25-F21
- Euronews, données Eurostat 2025 (juin 2026)
- Booking.com / CSA, « Voyage et télétravail en 2025 » (avril 2025)
- IU International University, Bleisure & Workation Monitor (juin 2026)
- Navan, statistiques bleisure (2026)
- TTG, rapport Airbnb (mai 2021)
- Presse-citron, étude IWG (juillet 2023)
- Code du travail, article L1222-9